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Collectif Ingénieur·e·s en lutte contre la loi ORE


La sélection : testée et non approuvée dans les écoles d'ingé, ne l'étendons pas à l'université !

Ingénieurs sans frontières appelle à rejoindre les étudiant·e·s mobilisé·e·s dans les différentes universités de France contre la loi sur l'orientation et la réussite des étudiants (ORE). En effet, cette loi va à l'encontre des valeurs portées par notre fédération (manifeste pour une formation citoyen·ne des ingénieur·e·s) : elle renforce la reproduction sociale, rend possible une privatisation des enseignements universitaires et pose les bases d'une sélection élitiste pour l'université. Ces phénomènes, les écoles d'ingénieur·e·s les connaissent depuis longtemps et se doivent de reconnaître leurs impacts qui vont à l'encontre d'une démocratisation de l'accès aux savoirs académiques et techniques pour un enseignement supérieur au service de l'intérêt collectif et non de l'intérêt privé.

La nouvelle loi instaure le classement des candidatures par les universités, de sorte qu'une fois les capacités d'accueil des filières saturées, les étudiants seront refusés. Une sélection donc, bien que le gouvernement refuse catégoriquement d'utiliser ce mot. Or, toute tentative d'organiser la société en limitant l'accès au savoir à ceux·celles qui seraient les plus « méritant·e·s » revient à creuser les inégalités en renforçant la reproduction sociale, l'existence des écoles d'ingénieur·e·s en étant un exemple majeur.

Les étudiant·e·s ingénieur·e·s évoluent dans un monde à part, coupé de l'université. Le corporatisme et les moyens alloués aux écoles d'ingénieur·e·s génèrent nombre de bénéfices... réservés aux (étudiant·e·s) ingénieur·e·s ! La sélection étant monnaie courante dans nos parcours, nous sommes d'autant plus témoins des inégalités qu'elle engendre. Nos campus regroupant des étudiant·e·s de milieu largement plus aisés que la moyenne nationale favorisent le décalage entre les futur·e·s cadres dirigeant·e·s qu'ils et elles représentent et la réalité des classes populaires.

Cette reproduction sociale est renforcée par la mise en place du dispositif Parcoursup, remplaçant APB, qui demande des lettres de motivation pour chaque vœu formulé par le/la candidat·e. Ne prévoyant pas de dispositifs et de moyens pour apprendre à rédiger ces lettres au sein du parcours scolaire, ce sont des compétences de classe sociale qui seront mobilisées (accompagnement et connaissances des parents) ou au mieux un travail conséquent non rémunéré pour les professeurs de lycée. De plus, depuis l'annonce de Parcoursup, faute de moyens publics, des entreprises privés se proposent d'accompagner les élèves pour les aider dans leur orientation. Ceci favorise encore une fois ceux qui ont les moyens de payer et délègue une mission de service public au secteur privé.

La loi ORE prévoit aussi de restreindre l'accès à l'université, notamment en tenant compte des perspectives d’insertion professionnelle des formations. C'est faire coïncider l'orientation avec les besoins du secteur privé ! Nous nous opposons à cet adéquationnisme qui voit le soutien aux intérêts privés primer sur la finalité première de l'enseignement supérieur qui devrait être la réalisation de l'intérêt général. À terme, cela ouvre les portes à une vision de l'enseignement supérieur où les places pour des formations comme l'art, la sociologie ou tout autre discipline « non utiles » pour le marché du travail et pourtant très utile à la société, seront réduites.

Notre association, déjà opposé à la sélection et à la privatisation des enseignements dans les écoles d'ingénieur·e·s, dénonce la tentative d'étendre la sélection à l'université. La sélection méritocratique, couplée avec une influence du secteur privé de plus en plus grande dans nos formations, participe à la création d'une élite au service des besoins des entreprises et de l'idéologie entrepreneuriale. C'est un enjeu de démocratie qui se cache derrière : force est de constater que cette conjoncture nuit à la possibilité de remettre en question le monde dans lequel nous vivons pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux actuels ! En effet, l'intérêt général n'est pas nécessairement convergeant avec les intérêts des entreprises et sa réalisation nécessite donc de se former indépendamment des intérêts privés.

Afin de rapprocher les étudiants de l'université et des écoles d'ingénieurs, Ingénieurs sans frontières appelle donc à la création d'un collectif temporaire d'ingénieur·e·s contre la loi ORE afin de rejoindre les étudiant·e·s mobilisé·e·s dans les différentes universités de France. Nous avons jugé nécessaire la création d'un collectif d'(étudiant·e·s) ingénieur·e·s (alors que nous critiquons le corporatisme !) car nous pensons qu'il y a des spécificités en école qui rendent la mobilisation des étudiant·e·s ingénieur·e·s particulière :

Cependant ces spécificités ne doivent pas nous couper des autres mobilisations étudiantes et nous invitons les étudiant·e·s en ingénierie à rejoindre les assemblées générales inter-universités et à s'organiser avec les mobilisations locales.

Ce collectif a pour objectif de mettre à disposition et partager des outils et ressources utiles pour s'engager contre la loi, de rendre visible les actions des écoles d'ingénieur·e·s et de mettre en réseau les étudiant·e·s mobilisé·e·s. Ceci via :